pièces courtes 1-9

 
conçues et mises en scène par Maxime Kurvers​
avec Julien Geffroy, Claire Rappin, Charles Zévaco
lumière Manon Lauriol
son Thomas Laigle

« Quoi ! ne faut-il donc aucun spectacle dans une République ?

Au contraire, il en faut beaucoup.»

Jean-Jacques Rousseau, Lettre à d’Alembert sur les spectacles, 1758.

« Il est autant nécessaire de plaider en faveur de la brièveté de ces pièces, que d’autre part cette brièveté même plaide en leur faveur. Imaginez quelle sobriété il faut pour être bref. 

D’un regard on peut faire un poème, d’un soupir un roman. 

Mais exprimer un roman par un seul geste, un bonheur par une respiration, une telle concentration n’est possible que si l’on exclut,

dans une mesure adéquate, la sentimentalité... »

Arnold Schoenberg, préface aux Bagatelles op.9 d’Anton Webern, juin 1924.

Quels choix pour changer nos vies ? La représentation théâtrale peut-elle accueillir, activer, travailler ces décisions ? 

La proposition est simple mais audacieuse : en neuf courtes pièces, les interprètes devront saisir l’occasion et/ou trouver un chemin d’apprentissage pour ouvrir des perspectives de modifications conscientes dans la vie quotidienne. La recherche des points de rupture s’opère ici et maintenant, soutenue par un désir vif de transformation. Mais l’ardeur n’est pas ici synonyme d’inflation : ce sont des tâches simples, bien que peu ordinaires, qui donnent lieu à la pensée. De la contemplation (« j’essaie d’avoir une idée » ; « je décide de voir quelques arbres »), en passant par l’introspection (« j’essaie d’accéder à mes émotions »), à la convocation d’une humanité enfin libre (« je me laisse dire une utopie communiste »), le plateau sert de prisme révélateur à de nouveaux possibles. 

Noëmie Charrié pour La Commune CDN d'Aubervilliers, 2015

Pièces courtes 1-9 a pour titre sa structure même, son contenu : 9 pièces, d’une durée de 3 à 25 minutes et dont l’ordre produit le spectacle. Il s’agit dans chacune de ces pièces d’inventer et d’organiser des situations venant altérer ou modifier l’existence de ses interprètes ; ceci se formalisant, comme un vague héritage des tasks performances, à travers une série de tâches simples à exécuter avec l’aide du théâtre et de sa machinerie artificielle. 

La majorité des actions entreprises renvoient à des éléments gestuels du quotidien ou plus spécifiquement spectaculaires, a priori non calibrés esthétiquement et comportant ainsi des niveaux de théâtralité variés, pour ne pas dire opposés. Une dramaturgie qui conduirait à l’enchaînement des pièces 1 à 9 pourrait donc consister à y entrevoir autant d’hypothèses différentes (et sans doute individuellement insuffisantes) pour le dispositif théâtral. Cette recherche qui prend pour contexte de départ le plateau de théâtre en tant que lieu d’infinies représentations du monde n’a pas pour objet le dépassement de soi à proprement parler, mais plus modestement d’organiser des actions qu’on n’aurait pas pensé entreprendre ici-même, en les posant comme de potentielles perspectives de modifications conscientes dans la vie quotidienne. Perspectives que le théâtre vient activer performativement.

Manfred Wekwerth qui fut l’assistant de Bertolt Brecht de 1951 à 1956 avait déjà formulé pour une mise en scène « de type brechtienne », donc marxiste, cette théorie qu’une pièce de théâtre peut être décomposée en petites pièces isolées. Il s’agissait pour lui d’y dégager, dans la tension entre une micro et une macro structure, ce qu’il nommait « point de rupture » ou « point tournant » (Drehpunkt), désignant ce moment précis où une situation se transforme ; où un se divise en deux.

Imaginer de tels dispositifs pour soi-même nécessiterait une méthode, qu’il faudrait tenter, qu’il faudrait montrer... Et le théâtre, si l’on restreint sa mise en scène à la création de situations, peut certainement servir à cela.

Maxime Kurvers, 8 avril 2015

production La Commune Aubervilliers, ©18.03/71 
coproduction Ménagerie de verre Paris
avec le soutien du Vivarium Studio Paris, de la Nef Saint-Dié-des-Vosges et de l’Institut Français d’Égypte au Caire 
remerciements à Jérôme Bel, Xavier Brossard, Olivier Coulon-Jablonka, Philippe Quesne 
 
spectacle créé le 9 avril 2015 à la Ménagerie de verre dans le cadre du Festival Étrange Cargo

photo Marie-José Malis